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Auteur Sujet: [Trad] Divisés, Nous Échouons : La Folie Irrationnelle du Crypto-Tribalisme  (Lu 79 fois)

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Je vous propose ici la traduction de 'Divided We Fail: The Irrational Insanity of Crypto Tribalism' par Ken Barton.

Dans cet article, l'auteur fait l'analyse d'un comportement qu'il appelle "crypto-tribalisme", comportement qui pourrait bien être un frein à la démocratisation de la blockchain, en tout cas telle que beaucoup d'entre nous la souhaitons...

Bonne lecture.



Divisés, Nous Échouons : La Folie Irrationnelle du Crypto-Tribalisme




L’informatique distribuée peut changer le monde de façon positive, à condition que nous fassions le bon choix.



Partons d’un postulat simple et fort à la fois : l’informatique distribuée peut potentiellement rendre le monde meilleur et plus libre.

Cette technologie en constante évolution peut-elle réellement tenir cette promesse grandiose ? Bien que les premiers indicateurs soient prometteurs, nous sommes confrontés à un ennemi fatal : nous-mêmes.

Cette situation en est presque tragique, tant il y a de problèmes à résoudre. Examinons les gros titres des journaux de ces dernières semaines :

  • En l’espace de six mois, les États-Unis ont alourdi leur dette de 1 trillion de dollars, portant ainsi la dette à un total de 21 trillions de dollars.
  • Dans le cadre d’un projet de loi visant à limiter le trafic sexuel en ligne, Craigslist a supprimé la possibilité à ses utilisateurs de communiquer librement entre eux via les petites annonces, tandis que Backpage était tout simplement fermé par le FBI.
  • Les États-Unis ont pris un virage protectionniste, en déclenchant une guerre commerciale avec la Chine et en limitant la capacité des marchandises à traverser les frontières librement.
  • Révélations de la fuite de données de millions d’utilisateurs de Facebook, faisant ainsi écho à la violation des donnée d’Equifax l’an dernier.
  • La loi américaine CLOUD offre au gouvernement des États-Unis un moyen nouveau et novateur de contourner le quatrième amendement.

Tout ceci sur une période de deux ou trois semaines, et uniquement aux États-Unis. Alors, qui sait ce que les semaines, mois et années à venir nous réservent ? Les perspectives mondiales ne sont malheureusement pas favorables.

Plus que jamais, la centralisation du pouvoir et des données pose de sérieux problèmes aux populations du monde entier. La vie privée, la liberté d’expression et la capacité d’agir en tant qu’individu indépendant ne cessent d’être remises en question.

Dans ce contexte, on pourrait s’attendre à ce que l’ensemble de la communauté crypto se mobilise pour concrétiser la vision cyberpunk originale qui est à l’origine de la technologie Blockchain. Au lieu de cela, les divers groupes de cet écosystème dynamique ont eu tendance à faire précisément le contraire, se renfermant dans une conception étroite du monde où la question dominante est insidieusement passée de “ comment pourrions-nous rendre le monde meilleur “ à “ comment pourrions-nous faire mieux que les autres plateformes blockchain “ ?

Ce tribalisme repose sur des hypothèses de logiques bancales qui détournent la communauté de sa tâche fondamentale qui consiste à mettre au point des technologies évolutives que les gens souhaiteront utiliser. Les attaques personnelles et le troll pur et simple rendent cet environnement désagréable, et mème insupportable pour les nouveaux arrivants. Sur certains forums, la censure ouverte est un obstacle au libre échange des opinions. Il est même arrivé, que dans des cas extrêmes, des développeurs reçoivent des menaces de mort. Et pour couronner le tout, les bénéficiaires ultimes de ce tribalisme sont les mêmes pouvoirs centralisés que nous cherchons à désintermédier.

Sur ce fond de conflit cryptographique futile et contre-productif, examinons de plus près ses racines, ses fausses vérités et ses multiples impacts négatifs.

Les sources du crypto-chaos #1 : La chambre d’écho numérique géante

Dans le domaine de la cryptographie, la majeure partie des échanges en ligne se fait via divers sous-reddits et Twitter, et ce, pour le meilleur ou pour le pire. Les premiers tendent à perpétuer une étroitesse d’esprit du type “ nous contre eux “, tandis que le second devient souvent un champ de bataille numérique où les influenceurs crypto et leurs partisans se confrontent aux autres groupes, 280 caracteres à la fois.

Les discussions calmes, académiques et respectueuses sont trop souvent remplacées par des attaques personnelles, émotionnelles et par des récits excessivement simplifiés. Songez à la façon dont les membres des groupes “ opposés “ ont tendance à voir ces projets :
   
  • Bitcoin : Un système de Ponzi
  • Ethereum : Un culte centralisé
  • EOS : Un vaporware
  • Cardano : Un vaporware
  • Bitcoin Cash : Un fork malicieux dirigé par Satan lui-même
     
Pour un observateur, il doit paraitre absurde de voir d’innombrables esprits brillants travaillant sur la technologie blockchain (des développeurs, des entrepreneurs et autres enthousiastes qui ont la possibilité de penser différemment et ont la vision d’un avenir meilleur) tomber dans des disputes fratricides.

Nous faisons tous partie de la même révolution technologique. Pourtant, nous perdons un temps précieux et gaspillons de l’énergie à nous attaquer nous-mêmes. Pendant ce temps, les problèmes engendrés par la concentration des sources de pouvoir et des données, deviennent chaque mois davantage difficiles à résoudre.

Les maximalistes du Bitcoin continuent d’adhérer à l’idée qu’il ne peut y avoir qu’une seule véritable Blockchain, ceci malgré les preuves indéniables du contraire. Des dizaines, voire des centaines, de projets innovants utilisent la blockchain d’une manière qui va bien au-delà de la portée de Bitcoin, et qui offre aux utilisateurs des avantages tels que la protection de la vie privée, une logique commerciale décentralisée et une identité auto-souveraine.

Puisque le Bitcoin est si peu fragile, pourquoi ses fervents défenseurs sont ils si inquiets de voir les alternatives offertes par le marché libre ? Les communautés qui entourent le BTC et le BCH ont perdu un temps et une énergie incommensurables à s’attaquer mutuellement.

Bien que moins courant, ce maximalisme existe également chez Ethereum. Confrontés à de nouveaux projets dans la sphère des smart contracts, certains membres de la communauté reproduisent les mêmes erreurs que leurs homologues de Bitcoin. EOS et Cardano, dans leurs efforts de construction d’une plate-forme décentralisée et évolutive, sont considérés comme des ennemis qui menacent l’écosystème Ethereum dans son ensemble. Bob Summerwill, un leader communautaire, a récemment mis en lumière comment les divisions peuvent aussi émerger au sein même d’un écosystème.

Si Ethereum est si prometteur, pourquoi perdre autant de temps à dénigrer les autres plates-formes de smart contract ? Taisez vous et mettez vous au travail !

Les sources du crypto-chaos #2 : Tout n’est qu’une question d’argent

Dans le monde de la technologie, ce vitriol tribal extrêmement pointu, quasi religieux, est quelque chose de nouveau. Nous connaissons tous les fanboys (Apple contre Android, console contre PC ) mais en définitive, ces arguments ont tout le sérieux d’un débat sur les équipes sportives. De même que nous ne voyons pas les adeptes de Java, Python et C++ s’attaquer entre eux avec un zèle frôlant le religieux.

Cependant, dans le monde des actifs numériques, les membres des écosystèmes blockchain ont un intérêt économique à ce que ces plateformes réussissent. Ceci est une bonne chose sur le net ; cela entraîne l’effet de réseau, et encourage les gens à participer activement à leurs plateformes favorites. En revanche, l’inconvénient de la détention d’un actif numérique est qu’elle biaise souvent son détenteur en faveur de cette plate-forme. Il se concentre uniquement sur son propre succès et considère les autres comme une menace à son propre bien-être financier.

Les sources du crypto-chaos #3 : La testostérone

Tandis que les choses deviennent de plus en plus intéressantes, la cryptographie continue d’être avant tout un domaine de jeunes hommes. D’une manière très générale, un jeune typique de 23 ans a plus de chances d’adopter le comportement caractéristique d’un “fanboy” tel qu’on le voit si souvent dans le monde du jeu. Combiné à des incitatifs économiques, tout ceci donne un écosystème qui a plus de probabilités d’être caractérisé par une pensée étroite et des attaques tribales.

En d’autres termes, les jeunes sont plus enclins à a. s’enthousiasmer pour les choses, et b. à adopter une mentalité tribaliste. Et dans la crypto, il y a beaucoup de jeunes gars.

Les sources du crypto-chaos #4 : La psyché humaine est fragile

Il y a quelque chose dans la nature humaine qui nous fait surestimer les différences entre les groupes étroitement liés. Est-elle le résultat de l’aspiration de l’ego à l’individualité ? Le cerveau effrayé d’un lézard qui s’en prend à tout ce qui représente une rupture avec le statu quo qui lui est familier ?

Sigmund Freud l’appelait le “Narcissisme des petites différences”. Comme le dit le quasi-décentralisé Wiki, c’est une tendance pour “les communautés ayant des territoires voisins et des relations étroites, à se quereller constamment et à se ridiculiser mutuellement, du fait de leur hyper sensibilité aux moindres détails qui les différencient”.

Nous nous concentrons sur des différences relativement minimes, tout en perdant de vue la situation dans son ensemble. (Merci à Coury Ditch pour l’aperçu psychologique.)

Le mythe de la somme nulle

La vision réductrice “nous contre eux” qui anime la pensée tribaliste repose sur l’hypothèse erronée et dangereuse que la crypto est un jeu à somme nulle, où les succès et les gains d’une plate-forme doivent nécessairement se faire aux dépens des autres.

L’augmentation rapide de la valeur des actifs numériques dément cette notion. Loin d’être un environnement à somme nulle, le monde de la blockchain est caractérisé par une croissance rapide, tant en termes de capitaux que de par le nombre de participants. Chaque plateforme a sa propre part du gâteau. Or, le gâteau lui-même devient de plus en plus gros.


Considérons la capitalisation de l’ensemble des crypto-monnaies aujourd’hui, comparativement à l’année dernière. En dépit d’un recul de 70 % par rapport aux sommets de janvier, elle reste encore dix fois plus élevée. Comme l’a illustré l‘augmentation rapide de cette échelle (certes imparfaite) du taux d’adoption des cryptos, les gains d’un projet ne correspondent pas aux pertes des autres.

Le raisonnement à somme nulle néglige également le fait qu’il existe une myriade de possibilités de collaboration et de pollinisation croisée dans l’écosystème crypto. Perdus dans la course aux lambos et aux gains, nous ignorons le fait que les innombrables plateformes et outils que nous développons peuvent être plus que la somme des parties qui les composent.

A la manière de Voltron (pardonnez la référence aux années 80, mais votre auteur a récemment lu Ready Player One), les éléments disparates et uniques de l’écosystème de la blockchain pourraient éventuellement se réunir pour créer quelque chose de bien plus puissant. Cosmos, par exemple, est en train de développer une plate-forme qui permet aux blockchains de communiquer et d’interagir les unes avec les autres. La sécurité d’une plate-forme pourrait être combinée avec la rapidité et la rentabilité d’une autre. Les forces peuvent être conjuguée.

Le raisonnement à somme nulle ne tient pas compte non plus de la puissance de la pollinisation croisée. Songez par exemple à l’intégration de ZK-snarks dans la machine virtuelle Ethereum (EVM), la confidentialité répond une logique commerciale décentralisée. De même, la critique et le débat constructifs peuvent faire avancer les plates-formes et aiguiser la réflexion de ceux qui les conçoivent. Le DPOS est-il trop centralisé ? Casper n'est-il qu' un champ de mines basé sur la théorie des jeux ? Des débats animés et des critiques scientifiques venant de tous les coins du monde aideront à répondre à ces questions et permettront d’aboutir à un meilleur résultat.

Cui Bono ?

De la guerre cryptographique naissent deux vainqueurs évidents : a) les structures au pouvoir centralisé qui cherchent à perpétuer les monopoles de données, les monopoles financiers et les comportements de rentes, et b) les gouvernements qui cherchent à restreindre les droits politiques et l’autonomie individuelle. (Ces deux groupes forment généralement une seule et unique entité).

“Diviser pour mieux régner” est l’un des principes fondamentaux de la stratégie guerrière depuis l’époque de Sun Tzu. Et lorsque c’est votre adversaire qui se charge de diviser pour vous, cela devient d’autant plus facile.


Serait-ce tiré par les cheveux que de penser que ces groupes pourraient chercher à diviser la communauté crypto en fomentant des conflits internes ? Il s’agit d’une leçon tirée directement du manuel d’exercices du KGB, rejouée maintes et maintes fois. Pourrait-on la reproduire au sein de la communauté blockchain ? Nul besoin d’un chapeau en papier d’aluminium pour imaginer que cela pourrait être le cas.

Au-delà des hypothétiques complots centralisés, il y a rien à gagner (et tellement à perdre), d’une division communautaire superficielle. En ne prenant pas en compte l’ensemble de la question, nous risquons de sous-estimer les possibilités que des technologies puissent se jouer les unes des autres de manières imprévues.

Notez que personne ne suggère que les différences soient gommées. De la même manière qu’un tribalisme borné est un frein au véritable progrès, chanter Kumbaya en se donnant la main stupidement, est aussi un chemin qui mène à l’échec. Il ne s’agit pas d’un appel à ignorer les différences, mais plutôt à les célébrer et à en discuter en tant qu’êtres humains qui se respectent mutuellement. Et parallèlement, les escroqueries flagrantes qui nuisent à l’écosystème (les OneCoins et les Bitconnects) devront continuer à être dénoncées et stigmatisées. Il n’y a rien de tribal à aider les crypto-enthousiastes à éviter les acteurs malveillants.

En résumé, la pensée tribale ne contribuera en rien à rendre le monde meilleur et plus libre. Ses seuls bénéficiaires sont les entités centralisées que nous cherchons à désintermédier. Cela ne peut se concrétiser si nous continuons à penser la technologie de la blockchain de façon étroite et fragmentée, plutôt que la voir dans son ensemble.

La bonne nouvelle, c’est que malgré ses dangers, la mentalité du nous contre eux n’est pas un obstacle insurmontable. Le développement de logiciels se poursuit. Les projets et les plates-formes se développent. L’évolution se poursuit à un rythme soutenu. Il y a encore une chance d’y arriver avant que nous ne sombrions dans un tourbillon de trolls, d’insultes et de batailles d’ego sur Twitter.


Lien vers l'article original : https://medium.com/s/story/divided-we-fail-the-irrational-insanity-of-crypto-tribalism-6acc54465769